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Je pétitionne donc je suis

Écrit par le 3 août 2013
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Une pétition, c’était auparavant cette feuille de papier passée de main en main par quelques initiés. Un morceau de papier proportionnellement froissé et taché par rapport au temps à circuler.  Un truc vieillot.
L’e-pétition ou pétition en ligne vient bousculer tout ça, et dans le monde de la communication, elle semble devenir un outil puissant à ne nullement négliger.

Un exemple et une actualité

Depuis quelques jours, une e-pétition met à mal le site de la fondation de Carla Bruni. Ce site sur wordpress (CMS open source) a coûté 410 000 euros. Ce qui est très cher pour un site “vitrine”. Rien de grave après tout, chacun à le droit de payer son site au prix qu’il le veut et cela, bien entendu selon ses moyens. Le hic, dans ce contexte (et c’est là que le bas blesse sur la toile) :  il ne s’agit pas de l’argent de la fondation, ni celui de Carla Bruni … il s’agit d’argent public.

Pérégrinations d’une information

Il est intéressant de voir le cheminement de cette information en quinze jours, allant et venant entre médias traditionnels et médias sociaux, jusqu’à la pétition et son soutien populaire.

Les principales étapes :

15/07 : Rapport de la cour des comptes (pdf).
18/07 : Politique.net sort l’information. Quelques médias reprennent l’info.
20/07 : Effervescence sur twitter.
22/07 : Rue 89 fait partie des quelques médias qui relaient l’information, mais rajoute des observations sur l’aspect technique déplorable du site.
25/07 : Nicolas Bousquet lance la pétition sur Change.org. Je reçois l’e-mail qui m’en informe.
28/07 : Suite à la pétition, Carla Bruni-Sarkozy fait savoir qu’elle pourrait porter plainte contre ceux qui “pourraient porter atteinte à son honneur”.
31/07 et 01/08 : Les médias nationaux relaient l’information relative à la pétition.
01/08 : La pétition passe le cap de 100 000 signatures.
… et ça continue sur Twitter #CarlaFaitesUnDon

Sur le site du Nouvel Obs, on a même droit a un parallèle avec des accusations de détournements à des fins privées datant de 2012, et les réactions qui ont suivi.

Tout cela semble relever d’une mauvaise gestion de l’image, de l’e-réputation.
Tout d’abord, il y a la question de l’origine publique de l’argent, ce qui est davantage mal perçu en tant de crise.
Ensuite, il y a le coût du site. Malgré une minorité qui considère que le coût est justifié et le fait que le financement est légal, le site apparait comme surévalué par rapport à sa qualité, ses mises à jour ainsi que son objectif caritatif.
Enfin,  si les médias traditionnels ont diffusé et amplifié l’information de la pétition, l’intervention du 28 juillet de Carla Bruni par l’intermédiaire de son avocat n’arrive pas  à convaincre et semble là aussi avoir attiré l’attention sur la pétition et relancé le buzz.

Entre Twitter et Change.org la plateforme d’e-pétitions, les médias sociaux ont clairement joué un rôle, offrant des espaces de discussion, de concertation, voire de contestation, extérieurs au site donc normalement difficilement contrôlable. Cependant il existe un métier pour y pourvoir, celui de CM.
Le CM (community manager, gestionnaire de communauté) anime et fédère des communautés sur internet pour le compte d’une société ou d’une marque. Il a donc entre autre pour fonctions de surveiller l’e-réputation, d’animer la communauté en modérant et en anticipant les attentes, et de gérer les crises.

La question qu’on peut alors se poser est : y-a-t-il un CM au sein de l’équipe du site ? Si oui, a-t-il été dépassé ou a-t-il limité les dégâts ?

Pétitionner pour exister

En France, depuis la loi constitutionnelle de 2008, le Conseil économique, social et environnemental peut être saisi par voie de pétition. Celle-ci doit être rédigée en français et signée par au moins 500 000 personnes majeures, de nationalité française ou résidant régulièrement en France. Cependant la pétition n’a pas de valeur juridique.

J’avais déjà évoqué Change.org, plateforme de pétitions en ligne, à propos de Google Reader, pétition sans grand succès (ce qui était prévisible).
Mais dans le domaine des e-pétitions, Change.org n’est pas seul, puisqu’on peut recenser entre autres Avaaz, Activism, 38 degrees, Mes Opinions ou encore Pétition du web.

Le plus difficile est de faire la part des choses entre les pétitions farfelues et les sérieuses. Il faut aussi avoir un comportement critique. Certains lanceurs de pétition ne sont pas forcément légitimes, le faisant en lieu et place d’organismes qu’ils ne représentent pas.
Mais aussi certaines pétitions, d’associations notamment, peuvent très bien être le moyen pour certains de se faire de la publicité, d’aller à la pêche aux subventions, ou de constituer un listing d’adresses e-mail exploitable ultérieurement à d’autres fins …
Le site Hoaxbuster et son forum peut éventuellement vous y aider.

Comme certains ont pu l’anticiper, l’e-pétition est un moyen pour un individu, celui qui la présente, et pour un groupe d’individus, ceux qui la signent, d’affirmer ses opinions, de se faire entendre. Et se faire entendre, c’est le début de la communication.
D’autant que la diffusion de l’existence de la pétition peut se faire de façon plutôt massive, par mail, Facebook, Twitter, … et par le bon vieux bouche-à-oreille (du moins dans sa version web).

Ainsi, Nicolas Bousquet, auteur de la pétition, a été interviewé entre autres pour les sites de L’Express et du Nouvel Obs.

Mais attention ! personne n’est à l’abri de dommages collatéraux.
D’une part, la cible d’une pétition n’est pas seulement une personnalité, mais peut aussi être votre voisin, une collectivité locale ou territoriale, une entreprise, une marque, … Et chacun peut alors avoir son e-réputation entachée par la pétition.
D’autre part, les pétitionnaires, en indiquant nom et prénom, rendent public leurs données personnelles sur internet, donc dévoilent un pan de leur identité numérique. Par l’association à la pétition, on peut alors connaitre (ou supposer) des signataires, les opinions politiques, les convictions religieuses, les engagements moraux et éthiques, et/ou les orientations sexuelles … données personnelles qu’on ne souhaitera pas voir dévoilées (au cours d’un entretien d’embauche par exemple). Et on sait que c’est tentant de tout savoir de son interlocuteur en un clic.
Il est alors toujours bon de savoir que supprimer sa signature est possible (en tout cas sur Change.org) mais loin d’être facilité.

L’e-pétition, un phénomène, on ne peut plus démocratique, à surveiller de près, pour faire le buzz, sauvegarder son e-réputation ou son identité numérique (c’est selon).

Nota : Durant l’écriture de ce billet (le 2 août au matin), la pétition a reçu environ 330 signatures par heures.

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